Cédric Herrou : « C’est inquiétant pour la démocratie en France »

Interview de Cédric Herrou par l’Humanité

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Un petit bol d’air

… du temps.

1984, George Orwell

La grève, Sergueï Eisenstein

 

 

 

 

 

 

 

 

L’ambassade, Chris Marker

Punishment Park, Peter Watkins

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Loi anti-travailleurs : les manifs continuent !

Les journalistes sont unanimes : le nombre de manifestants est en baisse, les manifestations « s’essoufflent ». Nous n’en sommes qu’à la deuxième manifestation et ils arrivent déjà à tracer des tendances ! Mais ce n’est pas une opinion, ce n’est pas de la propagande, ce n’est qu’un fait, rien qu’un fait. Et pour un journaliste « objectif », un fait est une réalité. Or, tout étudiant en première année de philosophie sait bien qu’un fait n’est pas une réalité : un fait est une interprétation tirée de la réalité, une interprétation d’un élément ayant fait l’objet d’une sélection, une sélection basée sur une idée de ce qu’on juge pertinent et donc sur une opinion ou une théorie. S’il existe évidemment une réalité en dehors de l’observateur, le fait, journalistique ou autre, est une construction et ne dispense pas de l’analyse. Donc, pour revenir aux manifestations, le fait répété à chaque mouvement social, c’est « l’essoufflement », la baisse du nombre de manifestants. Et aujourd’hui, deuxième jour de manifestation, les journalistes choisissent de sélectionner cette baisse comme un fait pertinent. Qu’en est-il réellement ? Prenons l’exemple de la manifestation à Paris. Les chiffres donnés par les syndicats, qui sont généralement les plus fiables sont de 60 000 manifestants à Paris le 12 septembre 2017 et 55 000 le 21 (les journalistes, férus de chiffres exacts ne savent-ils pas compter pour ne pas savoir qui a raison entre la préfecture qui annonce 16 000 et les manifestants qui en annoncent 55 000 ? C’est une étrange conception de l’indépendance et de l’objectivité que de s’abstenir d’essayer de produire leurs propres chiffres). Il y a donc effectivement une baisse. Mais on parle de deux manifestations, il est abusif de parler de tendance quand on n’a que deux points. Parler d’essoufflement est encore plus orienté, c’est un mot connoté qui fait penser à la fatigue, à la fin de course. Alors amusons-nous tout de même à mettre cette baisse en image avec un diagramme en barres.

On visualise bien que la baisse est en fait minime. De plus, ce que ne montrent pas ces chiffres, ce sont les nouveaux manifestants. En effet, d’une manifestation à l’autre, certains manifestants reviennent, d’autres ne viennent plus, mais de nouveaux rejoignent le mouvement en cours de route. Ainsi, sur toute la longueur d’un mouvement social, il n’est pas forcément pertinent de ne voir que les chiffres de chaque manifestation pour en signaler une éventuelle baisse. Même derrière une telle baisse peut se cacher la participation de nouveaux manifestants et donc une hausse du total des personnes ayant participé aux manifestations.

Les faits ne sont pas donnés, les faits sont construits, les données ne suffisent pas à elles-mêmes, elles s’analysent. Analyser les chiffres des deux dates que nous avons à disposition aujourd’hui comme un « essoufflement » est une lecture politiquement orientée. Ce n’est pas la réalité, c’est une opinion, à moins que ce ne soit un souhait.

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La volonté populaire (Louise Michel)

Il y avait longtemps que les urnes s’engorgeaient et se dégorgeaient périodiquement sans qu’il fût possible de prouver d’une façon aussi incontestable que ces bouts de papier, chargés disait-on de la volonté populaire et qu’on prétendait porter la foudre, ne portent rien du tout.

La volonté du peuple ! avec cela qu’on s’en soucie de la volonté du peuple !

Si elle gêne, on ne la suit pas, voilà tout ; on prétend qu’elle est contre la loi et s’il [n’] en existe aucune, on en fabrique ou on en démarque à volonté comme les écrivains sans imagination démarquent un chapitre de roman.

Le suffrage, dit universel, c’était le dernier espoir de ceux qui voulaient faire vivre encore la vieille société lépreuse, il n’a pu la sauver et la voilà, la marâtre, la parricide, étendue sur la table de dissection, si putréfiée déjà qu’il faut enterrer le cadavre, autour duquel, semblables aux chœurs antiques, gémissent ou vocifèrent toutes les douleurs qu’elle a causées.

N’y a-t-il pas assez longtemps que la finance et le pouvoir font leurs noces d’or à l’avènement de chaque nouveau gouvernement ; c’est depuis toujours, tandis que lourds et mornes les jours s’entassent comme le sable sur les foules, plus exploitées, plus misérables que les bêtes d’abattoir.

Extrait de Prise de possession, Louise Michel, 1890 (L’Herne, 2017)

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Un texte d’Emma Goldman sur le syndicalisme

Je viens de finir de traduire un texte d’Emma Goldman de 1913 sur le syndicalisme, Le syndicalisme : théorie et pratique, où elle fait l’éloge du syndicalisme révolutionnaire tel qu’il était pratiqué notamment par la CGT de l’époque en France mais aussi par les travailleurs italiens. Elle y fustige l’intellectualisation du syndicalisme pour lui préférer les enseignements de la pratique des luttes syndicales. Le texte avait été publié en deux articles dans son journal Mother Earth, vous retrouverez ces deux articles réunis traduits en français ici.

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Quelle est la recette de l’eau tiède ?

Pour faire de l’eau tiède il vous faut :

  • de l’eau chaude
  • de l’eau froide

Recette : mélangez les deux ingrédients, vous obtenez de l’eau tiède.

Pour faire de la mixité sociale il vous faut :

  •  des pauvres
  • des riches

Recette : mélangez les deux ingrédients, vous obtenez… des pauvres toujours aussi pauvres et des riches toujours aussi riches.

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A bas les chefs ! (Joseph Déjacque)

dejacqueLes éditions La Fabrique publient un recueil de textes de Joseph Déjacque (1821 – 1865), ouvrier et militant anarchiste, connu pour être l’inventeur du mot « libertaire ». Mais si savoir associer le nom de Déjacque au mot libertaire peut permettre de grappiller un point à Question pour un champion, il serait dommage d’en rester là et de passer à côté de son œuvre qui est remarquable sur bien des aspects.

Le recueil présenté par Thomas Bouchet comporte des œuvres de genres variés : des articles du Libertaire, le journal qu’il a publié dans son exil américain (c’était un proscrit de 1848, réfugié à Londres, puis à Jersey et à la Nouvelle Orléans avant de revenir en France), des lettres (trois lettres inédites à Proudhon notamment), une utopie (L’humanisphère, son plus long texte, d’une cinquantaine de pages), et même des poèmes. En vers ou en prose, le style est savoureux, puissant, et truffé de néologismes qui rendent ses écrits uniques sur la forme.

Le fond ne manque pas non plus. Respectant une stricte ligne anti-autoritaire, en bon libertaire, il pense qu’il ne faut « point se donner de pasteur si l’on ne veut être troupeau, point de gouvernants si l’on ne veut être esclaves. » Il propose un système de « législation directe », afin de se passer de gouvernement, pour que le peuple vote les lois plutôt que de voter pour des hommes, les premières étant telles qu’on les fait et amendables, les seconds corruptibles. Mais cette sorte de démocratie directe n’est pour lui qu’une transition en attendant l’invention d’un modèle de « souveraineté individuelle » qui permettrait une liberté plus complète.

Déjacque attaque la misogynie de Proudhon avec vigueur, en gardant malgré tout beaucoup d’estime pour ce dernier comme on le voit en lisant les lettres qu’il lui écrit. Il veut l’abolition du mariage, de l’esclavage (il vivait dans le Sud esclavagiste des États-Unis), de la religion, de la propriété individuelle, de l’autorité, des prisons et de l’échafaud.

Ces « écrits libertaires » d’un des premiers des anarchistes sont rafraîchissants tant par l’énergie de la langue que par la force des idées. Des textes sont disponibles en ligne, en espérant que leur lecture sera enrichissante : http://joseph.dejacque.free.fr/

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