Les extraterrestres expliqués par Elisée Reclus

EliseeReclusNadar_mElisée Reclus (1830-1905) est un géographe célèbre du XIXème siècle aussi connu pour son oeuvre scientifique que pour son engagement anarchiste.

Le texte de Elisée Reclus

Voici un texte extrait de La Terre tome 2 de 1869 dans lequel il explique que c’est lorsqu’un territoire est inconnu que les croyances populaires le peuplent de créatures fantastiques. Sa conclusion est que lorsque toute la Terre aura été explorée il n’existera plus de créatures fantastiques. C’est une analyse fort intéressante mais avec le recul on peut s’amuser maintenant du fait que l’homme a su peupler de créatures fantastiques les autres planètes encore inexplorées, à commencer par Mars avec ses petits hommes verts.

A mesure que, par les échanges, les voyages et même par les expéditions guerrières, les peuples arrivaient à connaître les territoires les uns des autres, ils reléguaient les monstres dans les espaces mystérieux qui s’étendent par delà les bornes du monde exploré; le domaine des connaissances s’accroissait en même temps que les régions parcourues, et les êtres chimériques, gnomes ou géants, qui s’enfuyaient vers le nord ou le midi, emportaient avec eux les superstitions et les erreurs. Ainsi les Hellènes, que leur mythologie nous représente dans les premiers âges luttant contre les centaures et les dragons, ne combattent plus que des hommes comme eux au temps d’Aristote et de Platon, et c’est à des centaines de journées de distance, de l’autre côté du Gange et des colonnes d’Hercule, dans la brûlante Libye ou vers les monts Hyperboréens, qu’ils placent les produits fantastiques de leur imagination d’enfants. Au moyen âge et jusque dans les temps modernes, nos mappemondes, de même que celles des Chinois et des Japonais, peuplaient aussi de monstres des terres inconnues; mais chaque nouvelle découverte des voyageurs rétrécissait le domaine de la fable, et tout récemment les derniers êtres mythiques de la géographie, les Niam-Niams à queue, ont enfin disparu du centre de l’Afrique.

Les Niam-Niams à queue du net

J’ai publié ce texte car je le trouve extrêmement pertinent encore aujourd’hui pour expliquer la grande popularité des vidéos d’ovnis sur internet. Je ne suis pas contre l’idée d’une vie extraterrestre, et pourquoi pas d’une vie intelligente. Allons même plus loin et parlons d’une « civilisation », et donc d’une vie ayant une intelligence et une organisation sociale du même type que la nôtre, pourquoi pas. Mais il ne s’agit là que d’une vue de l’esprit. Le fait que les ovnis existent ne prouve en aucun cas que les extraterrestres existent. Les ovnis, ou PAN (phénomènes aérospatiaux non identifiés), sont par définition « non identifiés », c’est-à-dire qu’on ne sait pas ce que c’est. Cela ne signifie pas non plus que ça n’existe pas. Longtemps, les observations de foudre en boule, que les observateurs ont décrites comme des boules de feu traversant l’air, n’ont pas été prises au sérieux par les scientifiques. Ces derniers n’ont admis leur existence de façon formelle que lorsqu’ils ont su les reproduire en laboratoire. Avant de trouver une explication scientifique on pouvait aussi bien croire que c’était des esprits par exemple, mais il ne s’agissait pas là d’une hypothèse scientifique.

Le fait que l’existence d’extraterrestres ne soit pas de nature a priori mystique rend « l’hypothèse extraterrestre » plus sérieuse que celle des esprits pour quiconque croit en la science. Pourtant, il s’agit d’une grossière erreur de méthode de pensée. Les phénomènes inexpliqués observés peuvent tout aussi bien être des extraterrestres que des vaisseaux de schtroumpfs, l’existence de ces derniers n’ayant pas moins été découverte que les extraterrestres. Il faut savoir accepter qu’il y ait un vide dans notre savoir pour pouvoir le combler par la réalité quand on la découvrira, et non avec une idée qui a l’apparence de la science mais qui n’est fondée sur rien. Le fait que beaucoup de gens croient voir dans des vidéos inexpliquées des extraterrestres montre que la méthode scientifique n’est pas bien apprise ou au moins mal comprise, ou alors que la croyance est plus forte que la preuve.

Je conclurai sur ma définition de la croyance, qui est d’après moi la volonté que quelque chose soit vraie. Il ne s’agit pas forcément de naïveté, mais si une idée est séduisante, on perd de son esprit critique face à cette idée. Si elle nous permet de voir la vie d’une façon qui nous convient mieux, nous l’acceptons comme vraie. Pour aller au delà, il faut non seulement de la méthode, mais assez de volonté pour remettre en cause ses désirs et appliquer ainsi la méthode à ses propres croyances.

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