De l’inégalité parmi les sociétés, essai sur l’homme et l’environnement dans l’histoire

inegalitesocietesDe l’inégalité parmi les sociétés est un essai passionnant de Jared Diamond écrit en 1997 qui explique les facteurs qui ont fait que les civilisations eurasiennes (en incluant l’Afrique du Nord comme faisant partie du même ensemble) ont dominé le monde pendant une grande partie de l’histoire humaine jusqu’à aujourd’hui. Au vu de la couverture et du thème abordé, on pourrait s’attendre à une explication racialiste ou même raciste, les facteurs mis en avant prouvent au contraire que ce serait l’environnement géographique et biologique dans lequel chaque société évolue qui détermine son niveau de développement plutôt que des critères innés aux différents peuples de la planète.

Le livre résumé en un schéma

L’essai vaut le coup d’être lu dans son intégralité pour bien comprendre les arguments de la démonstration qui y est faite, mais on trouve un schéma (page 122 de la version poche) qui résume les grands facteurs des inégalités dans l’ordre chronologique. N’ayant pas le droit de reproduire le schéma, je vais me contenter d’en résumer la structure. C’est un organigramme qui part des facteurs anciens d’inégalité pour arriver aux facteurs proches (qui découlent des facteurs anciens).

Historiquement, le premier facteur d’inégalité est l’orientation des continents. C’est peut-être la démonstration la plus étonnante du livre mais elle est tout à fait convaincante après une petite explication. Il suffit de regarder une carte du monde pour voir que l’Eurasie est un territoire qui s’étend sur un axe principal d’est en ouest, alors que l’Afrique et l’Amérique sont des continents dont l’étendue se fait sur un axe nord/sud, et sont beaucoup moins étendus d’est en ouest. L’Australie, le plus petit continent, n’est pas plus étendu d’est en ouest dans l’absolu. Cette simple caractéristique géographique sera lourde de conséquence.

On sait bien que sous une même latitude, le climat est plus homogène, même s’il peut varier, que sous des latitudes différentes. Sur un territoire étendu d’est en ouest, le climat est donc moins changeant que sur un territoire orienté du nord au sud. Cela a donc pour conséquence sur le milieu biologique d’une plus grande facilité de propagation et d’échanges d’espèces animales et végétales sur tout le continent, donnant plus de chance d’avoir des espèces domesticables pour la culture et l’agriculture (et donc augmentant les chances d’apparition de celles-ci). L’agriculture apparaît donc plus tôt parce que le milieu est plus favorable qu’en Afrique ou en Amérique où les espèces sont moins nombreuses sur une même latitudes et où les échanges d’espèces d’une région à l’autre se heurtent à un climat plus variable. L’agriculture inventée, on peut alors stocker les excédents, se sédentariser et densifier la population. Une population plus dense et sédentaire, attachée à un territoire, vient facilement à bout d’une société de chasseurs-cueilleurs pacifiques car sans territoire à défendre. La sédentarisation et la densification de la population entraînent une stratification, une organisation politique, permettent l’apparition de technologies (quand on est nomade, on ne peut transporter que le strict nécessaire, quand on est sédentaire on peut accumuler des biens lourds). De là apparaissent écriture, fusils, et autres éléments qui permettent d’être plus forts que ses voisins.

Une autre conséquence étonnante de l’étendue est/ouest qui joue sur la domination des civilisations eurasiennes sur le monde est l’échange des maladies qui sont elles aussi soumises au climat et s’échangent donc mieux selon cet axe, et aussi sont plus nombreuses avec des populations denses en contact avec de nombreux animaux domestiques (la grippe qui nous vient des canards et des porcs, la rougeole des vaches, etc…). Cette richesse microbienne de l’Eurasie a donné aux conquérants des grandes explorations une résistance aux microbes plus grande et a causé la perte d’une proportion considérable des populations locales dûe à des contaminations alors que ces même populations n’ont pas contaminé les Européens car, vivant sur une étendue de terre orientée du nord au sud, ils avaient une moins grande variété de maladies. Nos épidémies ont donc été une force lors de nos conquêtes.

Voilà pour le schéma que je vous invite à regarder en librairie si vous n’avez pas le courage de lire tout le livre.

Les autres causes de l’inégalité

Si une grande part des inégalités découlent de l’orientation des continents, ce n’est pas la seule raison ancienne invoquée et d’autres raisons encore dans l’histoire de l’humanité ont eu un rôle important. Parmi ces facteurs qui n’ont pas été évoqués dans le schéma de la page 122, le plus ancien est lié à l’effet de l’homme sur son environnement biologique, sur la faune des différents continents. L’homme est apparu en Afrique et a rapidement colonisé l’Europe et l’Asie. Ses talents de chasseurs se sont perfectionnés sur ces territoires, et les animaux qu’ils chassaient ont eu le temps d’apprendre à fuir l’homme plus efficacement au fur et à mesure qu’il développait ses armes de plus en plus efficaces. Le nombre de grands mammifères encore existants pour l’invention de l’agriculture était donc encore important. En Amérique et en Australie en revanche, en plus de l’axe nord/sud du premier et de la petitesse du second qui rend ses continents moins bien pourvus en grands mammifères, les animaux n’ont pas côtoyé l’homme lorsqu’il était plus maladroit, ils n’ont donc pas appris à le fuir, et l’homme est arrivé avec de bonnes compétences de chasseur provocant des extinctions. On observe donc que le nombre de grands mammifères domesticables est moins important dans ces régions et rend donc l’agriculture plus difficile, l’agriculture actuellement pratiquée dans ces régions étant largement basée en fait sur des espèces importées et non locales. Il reste le problème de l’Afrique, certes ce continent est étendu du nord au sud, mais l’homme y étant apparu en premier, les grands mammifères devraient y être plus nombreux qu’en Amérique. Le problème est qu’il faut que ces mammifères soient domesticables, Or de nombreuses espèces africaines ne le sont pas, comme le zèbre qu’on n’a toujours pas domestiqué car trop agressif ou l’éléphant qui n’est pas domestiqué mais dompté.

L’environnement comme facteur d’inégalités

Je ne vais pas détailler toutes les causes ici, il y en a bien d’autres, mais ce qu’il faut retenir c’est que l’environnement est un facteur suffisant à expliquer les inégalités entre sociétés. Le livre regorge d’exemples concrets historiques qui prouve que selon l’environnement, un même peuple a adopté un type de société différent. On peut noter l’exemple de la Tasmanie, où les aborigènes dans un environnement plus pauvre ont abandonné la technologie de l’arc, ou encore des polynésiens qui sont retournés à l’état de chasseurs-cueilleurs faute de possibilité de développer une agriculture sur l’île qu’ils ont colonisée.

Je ne peux pas résumer 600 pages en un billet sur un blog. Je pense donc que pour vous faire votre propre opinion finale le mieux est de lire De l’inégalité parmi les sociétés, qui est pour moi un livre essentiel pour comprendre l’histoire de l’humanité.

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