Un Revenu Pour Tous, de Baptiste Mylondo

unrevenupourtousJe vous parlais du revenu de base inconditionnel dans un précédent billet en critiquant la version proposée dans un documentaire allemand qui circule beaucoup sur internet. Cette vidéo est, je pense, bien souvent ce qui introduit les personnes dans l’idée d’un revenu de base, c’est à mettre à son crédit sans doute, mais j’avoue préférer de loin la proposition que fait l’économiste Baptiste Mylondo à toutes les autres. Il expose ses idées de façon brève, complète et efficace dans ce petit livre de 100 pages intitulé « Un Revenu Pour Tous : Précis d’utopie réaliste » dont je vais vous résumer le message, en vous invitant à lire le livre complet (ce que vous pourrez faire en un ou deux jours sans trop forcer).

La justification d’un revenu de base

Les personnes n’ayant jamais entendu parlé d’un revenu de base ont du mal à comprendre ce qui justifie un tel revenu inconditionnel. Le revenu de base proposé par Baptiste Mylondo, qu’il préfère nommer « revenu minimum suffisant », a pour spécificité d’avoir un montant relativement élevé, au minimum au niveau du seuil de pauvreté, afin d’éradiquer la pauvreté et de lutter contre les inégalités. Si l’on comprend aisément qu’un tel revenu lutterait contre la pauvreté, on peut avoir du mal à en comprendre la légitimité. Ne doit-on pas laisser les « inutiles » ne rien toucher pour les inciter à se rendre utile ? Mylondo nous explique que chacun a une utilité sociale, qui se répercute un jour ou l’autre positivement sur la société, et qu’il serait donc légitime de rémunérer chacun de façon à ce qu’il ait suffisamment d’argent pour qu’il puisse continuer à se rendre utile, tant que son activité n’est pas nuisible à la société. Pour lui il n’existe personne d’inutile, chacun doit donc avoir le droit de vivre dignement sans qu’on n’impose de condition à l’accomplissement de cette vie digne. Ce revenu doit être d’autant mieux accepté par tous qu’il est universel, les plus pauvres comme les plus riches le touchent et il n’est pas imposable, même si nous le verrons les impôts vont augmenter par ailleurs. Cela reste tout de même une sécurité supplémentaire dont tout le monde bénéficie.

La question du montant et du financement

Ce qui fait l’originalité du revenu minimum suffisant de Baptiste Mylondo, c’est son montant relativement élevé, à hauteur minimum du seuil de pauvreté (de 750€ en 2010). Il précise que son montant pourrait être plus élevé, c’est à décider démocratiquement, mais pas moins pour être efficace dans son objectif d’éradication de la pauvreté. Pour financer un tel montant, il préconise d’augmenter la CSG de 35 points, soit de l’élever au taux moyen de 47%. Mais ne fuyez pas ! Avec le revenu minimum de 750€ non imposable, une personne touchant actuellement 2000€ de salaire par mois serait encore légèrement gagnante. La CSG serait, même avec un taux fixe, plus progressive et redistributive que l’impôt sur le revenu actuel grâce au versement du revenu inconditionnel. Mylondo fait la même remarque que moi dans mon billet sur le documentaire allemand (ou moi que Mylondo) sur la proposition de financer par la TVA : puisque tous les revenus ne sont pas dépensés lorsque les revenus sont élevés, la TVA reviendrait toujours à taxer plus les pauvres que les riches. Il évoque la possibilité d’ajouter de la progressivité à la CSG sans trancher sur ce point.

Critique de l’invocation du droit au travail

L’auteur fait une intéressante critique du « droit au travail », souvent invoqué pour rejeter l’idée d’un revenu que même les oisifs toucheraient (y compris voire surtout par la gauche). Le revenu minimum suffisant ne remettrait pas en cause en fait le droit au travail, il en ferait une réelle liberté. Dans le paragraphe intitulé « Droit au travail ou libre activité ? » on peut lire : « Ce travail pénible, éreintant, stressant, que la promesse d’un salaire et quelques collègues sympathiques, embarqués dans la même galère, parviennent à rendre supportable. C’est le droit à ce travail-là qu’ils défendent. C’est le devoir de s’y soumettre qu’ils imposent comme condition du droit au revenu. »

(Ma) Conclusion

Baptiste Mylondo tient ses promesses d’une « utopie réaliste » en proposant un revenu minimum suffisant qui lutte contre la pauvreté et contre les inégalités à la fois (contrairement à d’autres versions du revenu de base qui peuvent augmenter les inégalités). Il serait dommage de ne pas lire ce petit ouvrage si vous vous intéressez de près ou de loin au revenu de base, que cela vous intrigue juste, ou que cela vous passionne, vous aurez ensuite le choix de penser que les inégalités sont légitimes ou non mais vous ne penserez plus qu’elles sont une fatalité (en tout cas dans l’ampleur qu’elles ont actuellement).

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Edit du 5 décembre 2012

Le livre Un revenu pour tous est aujourd’hui épuisé, mais Baptiste Mylondo a sorti en novembre 2012 un nouveau livre, Pour un revenu sans condition, qui reprend pour partie des passages du premier livre tout en étant plus développé (150 pages au lieu de 100).

Outre une argumentation plus détaillée, on remarquera l’absence volontaire de proposition de montant et de plan de financement précis dans ce nouveau livre, ce qui pourrait être regretté notamment parce qu’il est plus difficile de défendre une idée sans en prouver formellement son applicabilité. Voici le passage qui justifie cette absence : « Ainsi, si tout au long de ce texte, il n’a été fait référence à aucun montant, à aucune masse budgétaire chiffrée, ni à aucun taux d’imposition, c’est parce que la question du financement ne doit pas être une question strictement économique et comptable. Ce doit être avant tout une question politique. »

On trouve néanmoins un montant actualisé en note de bas de page. Dans le cadre du collectif POURS, Baptiste Mylondo défend désormais un revenu inconditionnel suffisant d’un montant de 1000€.

Donc si vous avez déjà lu Un revenu pour tous, ce livre sera une piqûre de rappel intéressante. Je pense malgré tout que de connaître la proposition de financement par une CSG de 47%, non comme une prescription obligatoire certes, mais au moins comme un exemple de ce qui est faisable était intéressant comme argument de réalisme face à une personne qui pense que le revenu inconditionnel est une Utopie. J’encourage donc les lecteurs qui n’ont pas pu lire Un revenu pour tous de s’informer sur cette proposition (que je présente par exemple plus haut dans ce billet).

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