Fédéralisme, socialisme et antithéologisme [extrait]

L’extrait que je veux vous présenter de Fédéralisme, socialisme et antithéologisme, de Mikhaïl Bakounine, ne concerne pas le sujet principal du livre. Il s’agit d’un extrait qui évoque une certaine vision du peuple Français par l’étranger qui, vous pourrez le constater, est très proche de ce que beaucoup de Français d’aujourd’hui peuvent penser des Africains, à savoir que ce serait dans leur nature de se massacrer entre eux, d’avoir des dictateurs et des gouvernements instables. Ce texte nous rappelle que cette vision essentialiste servait de grille de lecture aux instabilités françaises du siècle suivant la Révolution. Les français seraient-ils par nature incapable d’être libres ? Bakounine réfute cette thèse et rappelle les raisons historiques. Mais alors, si cette accusation se tournait contre nous, élite de l’humanité s’il en est (n’est-ce pas ?) et que c’était visiblement faux, cela voudrait dire que c’est faux aussi pour les Africains et que la colonisation ainsi que la Françafrique seraient plus responsables des maux de l’Afrique que la nature de l’âme africaine ? Je vous laisse lire l’extrait, qui date de 1867, et qui nous montre que les préjugés que l’on subissait sont ceux que l’on fait aujourd’hui subir au peuple Africain.

N’avons-nous pas vu la grande nation française se constituer deux fois en république démocratique, et deux fois perdre sa liberté et se laisser entraîner à des guerres de conquête ?

Attribuerons-nous, comme le font beaucoup d’autres, ces rechutes déplorables au tempérament léger et aux habitudes disciplinaires historiques du peuple français qui, prétendent ses détracteurs, est bien capable de conquérir la liberté par un élan spontané, orageux, mais non d’en jouir et de la pratiquer ?

Il nous est impossible, messieurs, de nous associer à cette condamnation d’un peuple entier, l’un des plus intelligents de l’Europe. Nous sommes donc convaincus que si, à deux reprises différentes, la France a perdu sa liberté et a vu sa république démocratique se transformer en dictature et en démocratie militaires, la faute n’en est pas au caractère de son peuple, mais à sa centralisation politique qui, préparée de longue main par ses rois et ses hommes d’État, personnifiée plus tard dans celui que la rhétorique complaisante des cours a appelé le Grand Roi, puis poussée dans l’abîme par les désordres honteux d’une monarchie décrépite, aurait péri certainement dans la boue, si la Révolution ne l’avait relevée de ses mains puissantes.

Publicités
Cet article, publié dans Extraits et citations, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s