Histoire des philosophies matérialistes (extrait)

Extrait de Histoire des philosophies matérialistes, de Pascal Charbonnat.

Dans sa définition du Ludwig Feuerbach, Engels définit le matérialisme, non pas comme une priorité de l’être sur la pensée, au sens où l’antécédence biologique suffirait à épuiser leur rapport, mais comme une conception immanentiste de l’origine des choses. La nature existe par elle-même et trouve en elle-même la raison de ses transformations. Pour Engels, le matérialisme n’est pas une réduction du réel aux atomes, mais une pensée libérée de toute entité transcendante. Son problème n’est pas de savoir si la matière est prioritaire sur la pensée, ou vice versa, car la dialectique lui a appris que ces deux rapports de causalité sont également vrais : la pensée est effectivement le produit d’une histoire biologique, et en même temps, elle est capable de changer le monde matériel, de devenir à son tour la cause, en apprivoisant les forces de la nature par la connaissance.

J’ai choisi cet extrait pour répondre aux accusations d’idéalisme contre les tentatives de réflexions sur le devenir potentiel de la société après le capitalisme. Souvent, des personnes inspirées par le marxisme s’interdisent tout discours quelque peu précis sur l’organisation de la société post-capitaliste sous prétexte de matérialisme. Serait-ce donc idéaliste que de chercher dès maintenant des règles applicables au fonctionnement d’une autre société ? Cette citation de Pascal Charbonnat commentant Engels semble montrer le contraire. Toutefois selon une certaine modalité. En effet, c’est la connaissance qui permet à la pensée d’agir sur le monde matériel. Il me semble assez évident que la connaissance des lois physiques permet de concevoir des machines qui agissent dessus, donnant ainsi la possibilité par exemple de se déplacer plus vite grâce à des véhicules. Pourquoi en serait-il autrement pour les « lois » sociologiques et économiques ? La connaissance de la sociologie et de l’économie doit donc permettre de concevoir des outils permettant de modifier le monde social et économique. Bien sûr, passer des sciences sociales à une « technique » sociale n’est pas évident, l’utopisme est une science récente. Mais les modèles proposés, s’ils sont en adéquation avec les conditions matérielles et prennent donc en compte les contraintes matérielles et historiques, peuvent influer positivement sur la société à venir, sans pour autant être son seul déterminant ni prétendre prévoir tous ses rouages.

C’est à peu près la position qu’à adoptée Alternative Libertaire, une organisation communiste libertaire se réclamant dans son projet du matérialisme dialectique, ainsi que vous pouvez le lire dans son manifeste : http://www.alternativelibertaire.org/?La-necessite-d-un-projet

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