Cotisations, le faux cadeau de Hollande

Hier, lundi 31 mars 2014, François Hollande, prenant acte de la victoire de la droite dans de nombreuses villes aux municipales, déclare solennellement qu’il aura désormais un ministre autant à droite que possible (lire les Marchands de peur, de Mathieu Rigouste, pour les liens de Manuel Valls avec Alain Bauer, agent de sécurité au CNAM et militant anti-communiste, et Xavier Raufer, ancien militant du mouvement fasciste Occident et aujourd’hui spécialiste également des questions de répression). Outre cette rotation des postes, Hollande annonce la politique qu’il mènera suite à ce choc électoral. Au milieu de phrases creuses et vagues du type « notre priorité va à l’éducation » (citation approximative de mémoire), une proposition plus précise retient notre attention : pour augmenter le pouvoir d’achat, notre bon Président supprimera des cotisations sociales aux travailleurs. Généreux non ? Non, loin de là.

Le « cadeau » de Hollande est loin d’en être un. Déjà, l’argent qu’il prétend nous donner pour améliorer notre pouvoir d’achat, c’est notre argent, de l’argent qu’on possède déjà en tant que travailleurs, retraités, malades… Il n’offre donc rien du tout. Hollande ne fait que prendre prétexte d’un choc électoral pour appliquer ce qui ressemble à la stratégie du choc exposée par Naomi Klein, pour détruire ce qu’il reste de socialisé dans notre économie. Cela devrait nous étonner de la part d’un « socialiste », mais nous sommes habitués depuis plus de 30 ans. S’il n’y avait pas eu ce choc électoral et que le PS était sorti vainqueur, Hollande aurait sans doute fait la même politique en l’annonçant comme la continuation de ce qu’il avait fait avant, ce qu’elle est réellement.

Que ce soit l’UMP ou le PS, la politique est toujours la même : une année, on cherche à rendre la France plus « compétitive ». Tant que le travailleur chinois sera moins cher que le travailleur français, ils considéreront que la France manque de « compétitivité« , et pour être compétitif, supprimons donc les cotisations. L’année suivante, on s’étonne de voir un « trou de la sécu« , un déficit, bref un manque d’argent : mais cela ne viendrait-il pas de la baisse des cotisations par hasard ? Jamais cette réalité n’est évoquée, on ne dit pas qu’on ne cotise plus assez, on dit qu’on dépense trop, et on démantèle un peu plus la sécurité sociale : moins de remboursements pour la santé, retraites reculées… L’année d’après, la « compétitivité » des travailleurs, c’est à dire leur niveau de misère, n’est toujours pas assez élevé, et on recommence le cercle vicieux : baisse de cotisations, déficit, démantèlement, baisse de cotisations, déficit, démantèlement…

Hollande nous fait aujourd’hui le grand jeu : il ne s’agit plus de cadeau aux entreprises mais de « cadeau » aux salariés. Mais, si baisser les cotisations « patronales » est bien un cadeau aux entreprises, puisqu’elle leur permet… d’investir ? Non, d’augmenter leurs profits. En effet, les cotisations dites patronales correspondent à de la valeur créée par les travailleurs (comme toute la valeur en fait) et non par les patrons, les supprimer revient donc à prendre de l’argent qui était utilisé au profit du travailleur pour le confisquer au profit du patron. Donc, si baisser les cotisations « patronales » est bien un cadeau aux entreprises, baisser les cotisations des salariés n’est pas un cadeau, puisque comme je l’ai expliqué, la valeur est créée par le travailleur. Soyons plus concrets. Le travailleur avait comme salaire, son salaire net, plus la possibilité de se soigner et d’avoir une retraite. Désormais, il aura un salaire net plus élevé mais une retraite plus tardive et des soins moins remboursés, puisque l’année prochaine, du fait de la baisse des cotisations, Hollande annoncera qu’il y a un trou qu’il faut reboucher par des économies.

Si l’on interprète les cotisations autrement, comme l’économiste Bernad Friot le fait, le démantèlement du système social est encore plus flagrant. La valeur à laquelle correspond la cotisation n’est bien sûr pas celle créée par le patron, puisque toute valeur provient du travail et non de la propriété. Mais elle ne correspond pas non plus à de la valeur créée par le salarié qui la « paye ». En prenant l’exemple de la santé, on comprend bien que l’infirmière d’un hôpital crée de la valeur par son travail. Mais comme elle n’est pas dans le système marchand, et que dans le capitalisme toute valeur est marchande, la valeur qu’elle crée est versée aux usagers potentiels de l’hôpital qui lui reverse sous forme d’un salaire grâce aux cotisations. Alors, si on retire la cotisation, qu’est-ce qui arrive logiquement ? Le salarié qui cotisait 100 reçoit 100 de plus en salaire ? Non, mais l’infirmière reçoit 100 de moins, et c’est ainsi que baisser les cotisations salariales revient à détruire tout l’effort de socialisation de la santé, des retraites, de l’assurance chômage, etc…

Il y a donc une volonté de la part du PS et de l’UMP de détruire petit à petit tout notre système social en coupant les financements et en feignant de découvrir des déficits qu’ils ont eux-mêmes créés. Certains dénoncent derrière ça le « néolibéralisme », il ne s’agit pas que de cela, il s’agit plus généralement du capitalisme qui s’attaque à ce qui est encore socialisé dans notre économie. Il faut espérer que les syndicats se mobiliseront contre cette baisse de cotisations salariales, qui correspond si vous m’avez bien compris à une baisse de droits pour les travailleurs (moins de droits à la santé, à la retraite, bref plus d’insécurité). Il faut espérer ensuite que les travailleurs se mobiliseront massivement. Il est important d’expliquer que les cotisations ne sont pas une charge pour les travailleurs mais des droits.

En l’honneur de notre nouveau premier ministre, terminons cet article sur une note joyeuse et optimiste, avec ce joli chant de son pays d’origine : A las barricadas.

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