L’évolution, la révolution et l’idéal anarchique. Élisée Reclus.

« Sous le mot de patriotisme et les commentaires modernes dont on l’entoure, on déguise les vieilles pratiques d’obéissance servile à la volonté d’un chef, l’abdication complète de l’individu en face des gens qui détiennent le pouvoir et veulent se servir de la nation tout entière comme d’une force aveugle. De même, les mots « ordre, paix sociale » frappent nos oreilles avec une belle sonorité ; mais nous désirons savoir ce que ces bons apôtres, les gouvernants, entendent par ces paroles. Oui, la paix et l’ordre sont un grand idéal à réaliser, à une condition pourtant : que cette paix ne soit pas celle du tombeau, que cet ordre ne soit pas celui de Varsovie ! Notre paix future ne doit pas naître de la domination indiscutée des uns et de l’asservissement sans espoir des autres, mais de la bonne et franche égalité entre compagnons. »

J’attendais une posture philosophique en relation avec le titre, sur le rapport entre évolution et révolution, lorsque j’ai entamé la lecture de ce livre d’Élisée Reclus, écrit vers la fin de sa vie. Si le livre commence par quelques considérations sur ces relations entre évolution et révolution, il ne s’agit pas vraiment de la problématique principale. Sur ce point qui m’a poussé à lire le livre, la position d’Élisée Reclus est qu’il y a une continuité entre évolution et révolution. Il utilise l’image d’une rivière bloquée par un éboulis : l’eau s’accumule petit à petit, c’est l’évolution, puis le barrage finit par céder, c’est la révolution. Si son discours sur le sujet ne se limite pas à cette image, il ne développe pas non plus d’arguments philosophiques qui permettraient de comparer sa vision au matérialisme dialectique de Marx (notamment avec les changements de quantité qui induisent des changements de qualité) ou le matérialisme évolutionniste des sciences physiques et naturelles.

L’intérêt du livre n’était donc pas là où je l’attendais, mais la lecture de ce petit livre est loin d’être désagréable. C’est en fait une lecture facile, dans laquelle, certes, l’anarchiste convaincu ne trouvera guère d’informations originales, mais qui exprime avec un style brillant les bases de la révolte et de l’idéal libertaires. J’avais conseillé de lire La conquête du pain comme introduction au projet de société des communistes libertaires, je conseillerai l’Évolution, la révolution et l’idéal anarchique à un jeune public qui se familiarisera ainsi avec certains thèmes révolutionnaires sans avoir à aborder de concepts difficiles, en se basant simplement sur leur sens commun et leur goût naturel pour un monde plus juste.

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