L’imaginaire de la Commune, Kristin Ross

La Commune et ses vies ultérieures

couv_3043.pngL’imaginaire de la Commune (La Fabrique, 2015) est le dernier livre de Kristin Ross, professeure de littérature comparée à l’université de New York qui a déjà écrit sur la Commune de 1871 (Rimbaud, la Commune de Paris et l’invention de l’histoire spatiale, Les prairies ordinaires, 2013, que je n’ai pas lu) et qui est aussi, entre autres, l’auteure de Mai 68 et ses vies ultérieures, paru d’abord en 2005 puis ressorti chez Agone en 2010.

Il y a certainement un cousinage dans la démarche qui a donné naissance à ce livre sur Mai 68 et l’approche de l’événement de la Commune de 1871 dans le dernier livre de Kristin Ross. En effet, dans ces deux livres, l’auteure cherche à élargir les frontières des événements en question, rappelant le rôle de préparation des esprits des mouvements anticoloniaux (contre la Guerre d’Indochine ou la Guerre d’Algérie) dans l’avènement de Mai 68 puis traitant de la relecture de ce mouvement dans les décennies qui suivirent, et repoussant les frontières temporelles et spatiales de la Commune dans son dernier livre.

Mais l’imaginaire de la Commune ne se réduit pas à un élargissement du cadre historique, Kristin Ross discute de la pensée héritée de cette période, qui selon elle appelle aussi à faire tomber des frontières idéologiques, notamment entre marxisme et anarchisme, suivant en cela l’exemple d’Élisée Reclus dont elle dit qu’il ne se souciait pas du conflit entre Bakounine et Marx dans l’Internationale (conflit qui fait se hérisser les poils de beaucoup d’anarchistes et de marxistes encore aujourd’hui). Kristin Ross explique ainsi : « Je crois que la période qui a suivi la Commune, comme la nôtre, n’était pas une période de grande pureté théorique. Et William Morris n’était pas le seul à penser que l’obsession de la pureté théorique est souvent une entrave à la formation des socialistes. »

L’imaginaire de la Commune n’est pas un livre d’histoire sur la Commune de 1871, cet événement est là pour poser le contexte de la pensée des auteurs contemporains de cette époque, représentés dans ce livre principalement par William Morris, Pierre Kropotkine et Élisée Reclus, mais aussi quelques autres, comme Karl Marx, pour ne citer que le plus illustre. J’espère ne pas avoir trop trahi le livre dans la présentation que j’en ai faite, il est tout à fait probable que je n’en aie pas saisi tous les aspects, mais en tout cas, Kristin Ross n’a, je crois, pas écrit ce livre dans un but commémoratif et nostalgique, mais dans l’intention de présenter des idées certes nées dans le contexte particulier d’une époque mais qu’elle nous propose de redécouvrir dans ce qu’elles ont d’actuelles et de pertinentes aujourd’hui.

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