Surveiller et punir (Michel Foucault)

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Michel Foucault ne fait pas l’unanimité, et ses lecteurs semblent se diviser entre une attirance inconditionnelle et une répulsion absolue. Pourtant, Foucault lui-même n’adhérait pas à une vision totalisante de l’auteur, chez qui il faudrait trouver une cohérence tout au long de son œuvre  et propose plutôt de piocher dans les théories pour en extraire des outils, comme le fait remarquer par exemple Philippe Corcuff lorsqu’il écrit son chapitre sur les apports possibles de Foucault à « la boîte à outils libertaire » dans son dernier livre.

J’ai donc lu Surveiller et punir avec méfiance au vu des critiques que j’ai pu entendre sur son auteur mais, sans pouvoir juger du reste de ses écrits, j’arrive pour l’instant à la conclusion qu’il y a réellement des choses utiles et pertinentes chez lui pour penser le pouvoir.

Comment mal lire Surveiller et punir

Il faut d’abord noter que Surveiller et punir n’est pas un livre sur la prison. Un lecteur qui ne voudrait s’intéresser qu’au chapitre sur la prison sous prétexte qu’il ne s’intéresse pas, par exemple, aux supplices de l’Ancien Régime, mais uniquement aux peines actuelles, passerait totalement à côté du propos du livre. Foucault y fait certes l’histoire des peines légales, du supplice à la prison, mais la thèse est plus générale : il s’agit d’un discours sur l’évolution du pouvoir.

De la monarchie absolue au pouvoir disciplinaire

Dans l’Ancien Régime, les peines étaient des démonstrations de pouvoir : le supplice rétablissait le pouvoir royal que le condamné avait bravé en enfreignant la loi. La peine devait laisser une marque sur le corps du condamné pour montrer son infamie. Le pouvoir se manifestait ostensiblement dans toute sa force pour se rappeler au peuple.

La logique de la prison est différente. Il ne s’agit pas ici de montrer la force du roi, mais de corriger la manière d’être de la personne condamnée. On ne marque plus l’infamie sur son corps, on tente de le redresser. Cette démarche, qui est présente dans la prison, l’est aussi dans d’autres institutions : de l’école, où on évalue les élèves et où on les éduque, à l’armée, où on fait prendre le pli de la discipline aux soldats, en passant par la chaîne de l’usine, toutes ces institutions ont en commun d’exercer le pouvoir en réglant le comportement des individus. C’est ce que Michel Foucault appelle le pouvoir disciplinaire.

Traditionnellement, le pouvoir doit être visible pour s’exercer, le pouvoir disciplinaire, nous dit Foucault, fonctionne à l’inverse en rendant visibles les individus et en se rendant lui-même invisible. C’est le modèle de la prison panoptique, conçue pour que le gardien voie toutes les cellules sans être vu afin de décourager les mauvais comportements. Ce type de bâtiment avait été conçu par Bentham au XIXè siècle et n’avait pas pour vocation de ne servir que de prison, mais aussi d’usine modèle ou d’école. Et au-delà de ces bâtiments, on retrouve cette logique dans une certaine façon de gouverner.

L’actualité du pouvoir disciplinaire

Les gouvernants actuels, en effet, font régulièrement la démonstration de leur volonté d’exercer un pouvoir disciplinaire. Certains voient ainsi dans la surveillance généralisée de la NSA une application à l’échelle mondiale du panoptisme de Bentham, et donc du pouvoir disciplinaire. L’autre versant de ce type de pouvoir semble aussi présent : non seulement rendre les gouvernés visibles, mais rendre le pouvoir invisible. On peut citer notamment les négociations pour le TAFTA/TIPP qui se déroulent en secret. Pouvoirs politiques comme entreprises cherchent à exercer un pouvoir sur nous en organisant ce que Julian Assange nomme une « asymétrie de l’information » leur permettant de nous connaître sans que nous sachions de notre côté ce qu’ils font.

Surveiller et punir recèle donc bien quelques outils pertinents pour comprendre le pouvoir dans le monde actuel, nous aurions tort de ne pas piocher dedans.

Meilleurs vœux pour l’année 2016 (et les suivantes) !

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Un commentaire pour Surveiller et punir (Michel Foucault)

  1. Bip dit :

    toujours aussi passionnant, vous.

    Bonne année 2016

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