Voyage de classes (Nicolas Jounin)

JouninVoyage de classes rend compte, de façon vivante et souvent drôle, de l’expérience pédagogique du sociologue Nicolas Jounin, qui a proposé plusieurs années de suite à ses étudiant-e-s de première année de l’université de Saint-Denis d’étudier une peuplade étrange vivant à l’autre bout de la ligne de métro : les habitants du 8è arrondissement de Paris. Le livre, sorti en 2014 aux éditions La Découverte est ressorti en version poche en février 2016.

On y découvre étape par étape les principales méthodes de l’étude sociologique : l’observation, le questionnaire (type sondage, mais en sérieux) et l’entretien (longue interview). Outre ces trois instruments, on voit aussi le rôle du préjugé dans la première approche, qui pourrait être un frein à la connaissance s’il fermait l’interprétation mais qui peut servir à poser les premières hypothèses à affiner tout au long de l’enquête, et sont rapidement évoquées les recherches documentaires (lectures d’ouvrages déjà écrits sur le sujet, notamment ici ceux des Pinçon-Charlot, et de statistiques).

Les tribulations des étudiant-e-s dans ces quartiers bourgeois forment une sorte de manuel méthodologique incarné, où l’on découvre toutes les difficultés concrètes que posent la recherche sociologique en général et aussi ce cas particulier de l’étude d’une population socialement supérieure au chercheur, qui n’est pas le cas le plus habituel en sciences humaines, où l’on aime tant prendre pour objet d’étude les classes populaires. On ressort de la lecture de ce livre avec l’envie de sortir dans la rue avec un carnet et un stylo en main pour faire sa propre étude, car s’il faut bien évidemment procéder avec méthode, on découvre qu’avec un ticket de métro et un peu de temps libre pour observer, on peut faire une enquête sérieuse sans plus de matériel ni de frais.

L’un des grands intérêts de la démarche de Nicolas Jounin, au-delà de l’enthousiasme que peut susciter la lecture d’une « exploration inversée », c’est qu’il montre par son expérience que l’on peut faire un véritable travail de recherche dès la première année d’université. En effet, cette étude qu’il fait faire à ses étudiant-e-s n’est pas un simple cas d’école dont il vérifierait le résultat connu d’avance, mais une véritable recherche originale, dans laquelle des éléments sont déjà connus, bien sûr, mais où le professeur apprend aussi de ses élèves. Ce livre suscite donc finalement l’envie de produire du savoir plutôt que de se contenter d’en consommer : un très beau voyage initiatique vers la recherche en sciences sociales.

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